De l'ordre de Malte à aujourd'hui, c'est à la mer que se font les marins

Publié le 09/06/2026

Auteur : Philippe Brichaut

Dès la création d’une Marine d’État, la formation des officiers a préoccupé les états-majors.

Partant de zéro en 1626, le cardinal de Richelieu envoie de jeunes nobles se former auprès de l’Ordre de Malte, celui-ci disposant d’une flotte de guerre importante pour lutter contre les pirates sévissant depuis les ports de l’aire côtière d’Afrique du Nord.

C'est sous Louis XIV que Colbert décide de la création, dans les ports de Rochefort, Toulon puis Brest, des compagnies des gardes de la Marine ; réservées aux jeunes nobles. Ils y sont formés au métier d’officier de Marine, alternant théorie à terre et pratique à la mer. Afin d’uniformiser la formation, Louis XV crée en 1773 une école royale de la Marine au Havre, qui sera fermée par son successeur. Ce n’est qu’en 1810 que des écoles spéciales de marine embarquées sont créées. Elles ne survivront pas à l’Empire et en 1816 ouvre un collège royal de la Marine à Angoulême. Il formera les officiers jusqu’en 1830, date de création de l’École navale embarquée à bord de vaisseaux désarmés et mouillés en rade de Brest (l’école ne s’installera à terre qu’en 1914). Le premier sera l’Orion, il sera suivi de trois autres tous renommés Borda, ce qui vaudra aux élèves leur surnom de Bordaches. Recrutés sur concours, ils y effectuent une scolarité de deux ans et apprennent l’aviron, la voile, la mécanique, l’artillerie, les signaux de timonerie, les mathématiques, l’hydrographie, l’anglais, etc.

L’école d’application

En octobre 1864 est créée l’école d’application des enseignes de vaisseaux. Les officiers-élèves y embarquent pendant quelques mois pour parfaire et mettre en pratique à la mer les connaissances acquises pendant leurs années à l’École navale. Le premier navire affecté à cette tâche est le Jean Bart, navire vétéran de la guerre de Crimée qui servira jusqu’en 1873. Se succéderont La Renommée, La Flore et L’Iphigénie, puis en 1900, le croiseur cuirassé Duguay-Trouin. Il sera remplacé en 1912 par la première Jeanne d’Arc, un croiseur cuirassé qui assura les campagnes d’application jusqu’en 1928. Le croiseur école Jeanne d’Arc, construit spécifiquement pour cette mission effectuera 27 campagnes et ne sera accompagné d’un escorteur,  la « conserve », qu’à partir de 1952 pour complexifier les exercices et multiplier les occasions de prendre le quart pour les officiers élèves. Enfin, en 1964 c’est le porte-hélicoptères La Résolue, renommé Jeanne d’Arc qui accueillera l’école jusqu’en 2010. à noter que pour la campagne 1997/1998, la « Jeanne » étant indisponible, c’est un groupe école tactique composé de trois bâtiments (Duguay-Trouin, Germinal et Marne) qui prendra le relais. Depuis 2010, le groupe école d’application des officiers de Marine (GEAOM) prend place sur l’un des trois porte-hélicoptères amphibie (PHA). L’objectif de la mission reste inchangé : permettre comme en 1864, aux officiers-élèves de se confronter aux réalités de la mer, loin, longtemps et en équipage.