Dans le sillage du... contre-amiral David Samson, président du réseau " mixité - vie en équipage "
Publié le 17/12/2025
Pour celui qui commande également le Pôle Écoles Méditerranée, la mixité est un enjeu majeur pour le recrutement et un défi permanent pour la Marine.

Amiral, vous êtes particulièrement investi dans le réseau Mixité-Vie en équipage. Anciennement réseau Jeanne Barret, puis réseau mixité, il vient à nouveau de changer de nom. Pourquoi avoir ajouté « Vie en équipage » ?
Contre-amiral David Samson : Ce changement de nom était devenu une évidence. Depuis sa création en 2019 par l’amiral Prazuck, où il était centré sur l’entraide entre femmes, le réseau a évolué avant de prendre sa forme actuelle. Progressivement, l’évidence d’une inflexion de la stratégie et d’un changement s’est imposée aux acteurs du réseau. Des problématiques qui pouvaient sembler exclusivement féminines (maternité, préjugés, adaptation des parcours, parentalité, aidants, équilibre V2P, prévention des discriminations et violences, etc.) sont dans les faits partagées par tous les marins. En clair, mixité et esprit d’équipage convergent naturellement au travers de leurs valeurs communes (respect, solidarité/entraide, sens du collectif, etc.), et ciblent les mêmes objectifs : le bien-être des marins et la fidélisation au service de l’efficacité opérationnelle.
Avec un nombre croissant de femmes embarquées, la mixité est-elle le seul grand défi de la vie à bord ?
CM D. S. : C’est un défi que la Marine relève depuis plusieurs décennies. Comme l’a déclaré Édouard Louis Dreyfus, président d’Armateurs de France et de LDA, lors de la rentrée solennelle de la promotion 2025 de l’École nationale supérieure du maritime à Marseille : « L’avenir de l’entreprise passera par la mixité ». Cependant, ce n’est pas le seul grand défi de la vie en équipage : se comprendre entre générations, apprendre à laisser ses écrans pour du temps libre collectif, faire face ensemble au durcissement du contexte international et des menaces sont tout aussi importants. Recrutement, démographie, fidélisation, cohérence démocratique et lien à la Nation… Au-delà du bord, la mixité est aussi un enjeu de ressource humaine. Alors que le nombre de femmes incorporées continue de progresser, la gestion des marins s’adapte en même temps pour que les carrières offertes par la Marine conviennent à la fois à l’Institution et aux administrés.
Comment le réseau Mixité-Vie en équipage est-il organisé dans la Marine et au PEM en particulier ?
CM D. S. : Le réseau que je préside est à la fois structuré et informel. Structuré car constitué autour d’un comité de pilotage national, une secrétaire générale et une vingtaine de pilotes, femmes et hommes de tous grades. Et informel dans la mesure où les pilotes sont volontaires pour rejoindre le réseau et libres dans l’organisation de leurs évènements. À titre d’exemple, il y a quatre pilotes à Toulon, dont une au PEM qui travaille actuellement sur plusieurs projets au profit des nouveaux incorporés et des permanents pour l’année à venir.
Le réseau a besoin d'accroître sa notoriété dans la Marine
Quels types d’événement organise le réseau ?
CM D. S. : L’an dernier, le réseau a organisé de nombreuses conférences en France avec des personnalités inspirantes militaires ou extérieures, qui œuvrent dans des domaines aussi divers que l’éducation, la finance, le nucléaire, le sport de haut niveau, le spatial. Ces « rôles modèles » ont exposé leur parcours de vie, leur manière de concilier la vie professionnelle avec la vie personnelle et partagé leur expérience de la mixité dans leur milieu professionnel. La retransmission des conférences en amphithéâtre a permis de favoriser la participation et de générer des discussions dans plusieurs ports. Ces conférences ouvrent aussi la porte à des sujets plus personnels et des expériences. Des ateliers sont également organisés autour de différents thèmes (sommeil, nutrition, syndrome de l’imposteur, etc.). Grâce à la coopération entre pilotes, de nouveaux ports ont pu organiser des ateliers déjà testés avec succès, comme celui consacré au « syndrome de l’imposteur » qui a été proposé à Tours, Paris et cette année à Brest.
D’autres sessions ont pour vocation de mieux faire connaître des outils complémentaires au réseau, comme le dispositif de mentorat « La Passerelle », la plateforme « Familles des Armées » et ses déclinaisons Marine locales, etc.
Enfin, le Défi sportif Jeanne Barret qui se tient chaque année en mars lors de la Journée internationale des droits des femmes, permet à plusieurs centaines de marins de tous grades de faire connaissance avec le réseau et ses activités. Le réseau a également réalisé pour l’ancien chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard, la partie marine du Guide de témoignagespour une mixité harmonieuse et contribué à un mémoire de l’École de guerre sur l’évolution des dispositifs accompagnant la mixité dans les Armées. Le réseau entretient des liens étroits avec le bureau de politique RH de la direction du personnel de la Marine (DPM) comme celui de la condition du personnel et collabore également avec des réseaux extérieurs à la Marine ou au ministère des Armées.
De quoi le réseau a-t-il besoin pour la suite ?
CM D. S. : Il a besoin d’accroître sa notoriété dans la Marine. En tant qu’incubateur du savoir-vivre en équipage, il a besoin des marins pour la conduite de ses activités. Nous recrutons tout au long de l’année dans tous les ports, bases et emprises de la Marine. Officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et matelots, civils, réservistes : rejoignez– nous !
Vous êtes entré très jeune dans la Marine et vous avez gravi un à un tous les échelons. Un tel parcours est-il encore possible aujourd’hui ?
CM D. S. : Je peux affirmer que la Marine continue d’offrir des parcours variés et riches en aventure pour tous les marins, quels que soient leurs origines et profils. C’est gravé dans l’ADN de la Marine et cela devrait continuer pour les 400 prochaines années.
Bio express
1987 : Engagé volontaire comme matelot
1990 : Participe aux expérimentations nucléaires dans le Pacifique à bord du Bougainville
1995 : Breveté officier Energie à l’école d’application des officiers de Marine
2011 : Chef de section programmation financière à l’état-major de la Marine
2015 : Chef de bureau à la Direction des affaires financières du ministère de la Défense
2019 : Directeur du Service de recrutement de la Marine (SRM)
2022 : Contre-amiral et Directeur adjoint du Service de soutien de la flotte
2024 : Directeur du Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM)
2025 : Commandant le Pôle Écoles Méditerranée