Dans le sillage du... capitaine de frégate (R) Philippe
Publié le 04/03/2026
La Marine n’est pas la seule à fêter un anniversaire canonique cette année. Le capitaine de frégate de réserve (CF) (R) Philippe aura activement participé à un huitième des 400 années de la Royale.

Rentré matelot, il a gravi l’escalier de l’avancement marche par marche. Son dévouement à l’Institution a inspiré plus d’un marin, notamment sa fille, le capitaine de corvette (CC) Laurianne. Pour mettre à l’honneur son père et ses 50 ans de carrière, elle s’est glissée dans la peau d’une journaliste et l’a questionné lors d’un entretien familial.
CC Laurianne : Papa, c’est toi qui m’a donné envie de m’engager. Qu’est ce qui t’a fait rejoindre la Marine ?
CF (R) Philippe : C’était la volonté de mes parents. Fils de boucher, je ne savais pas quoi faire et alors qu’une amie de ma mère envoyait son fils dans l’armée, ça leur a donné des idées. À 16 ans, j’ai donc rejoint l’École des Apprentis Mécaniciens de la Flotte à Saint-Mandrier. De l’extérieur, la formation semblait éreintante mais c’était une réelle école de la vie. J’ai eu un cadre, des amis, une communauté. Je me suis engagé directement et ai intégré l’École de Maistrance Machine.
CC L. : Tu es rapidement monté en grade. Qu’est ce qui a fait la différence avec les autres ?
CF (R) P. : J’ai eu de belles opportunités, mais j’ai toujours travaillé pour. Adhérer à l’institution, être disponible, ça paye. Pour celui qui veut, la Marine donne. J’ai été cinq fois commandant adjoint navire (COMANAV) dans ma carrière et je suis toujours resté solidaire avec mes marins. J’ai toujours été prêt à me salir les mains. Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelle les bouchons gras nous les mécaniciens !
Plus de 3 000 jours de mer et près de 13 ans d'absence
CC L. : En 50 ans tu as vu la Marine évoluer, quel est pour toi le changement le plus frappant ?
CF (R) P. : À bord, on se retrouvait davantage au carré. On prenait du temps pour faire des activités de cohésion, à la mer et en escale… C’était une deuxième famille et beaucoup sont devenus des amis au fil du temps. Les visites des familles à bord, qui étaient systématiques lors des journées de service le week-end, sont devenues rares. Les arbres de Noël se faisaient par unité. En Nouvelle-Calédonie, lors des journées des familles, on jetait l’ancre et les enfants se baignaient autour des atolls. La vie embarquée évolue mais ça ne t’a pas empêché de signer.
CC L. : Au contraire ! On n’a pas toujours pu t’accompagner dans tes mutations. Comment as-tu vécu l’éloignement ?
CF (R) P. : Plus la mission était longue, plus c’était dur. La mission Héraclès avec la Loire par exemple, on était partis pour trois mois dans le Golfe, nous sommes rentrés après sept mois d’absence. Une mission de cinq mois sur l’Ouragan a été prolongée de trois de plus. On pouvait aussi être affecté sans famille. Je suis resté 16 mois à Djibouti sur le commandant Bory lorsque ta mère t’attendait, je suis rentré tu avais 14 mois. C’est grâce à ta mère que j’ai pu autant avancer dans ma carrière. Elle a été capable de tenir la maison et de vous élever pendant mon absence. On a appris ta naissance par télégramme alors que je naviguais au large de l’Australie, c’est le pacha qui m’a annoncé l’heureuse nouvelle, tout le bord a célébré ta venue au monde ce jour-là ! J’ai pu joindre ta mère dix jours après parce qu’on était enfin en escale. Mais dans la famille ça ne nous a jamais découragé, on a toujours fêté nos anniversaires et tous les Noëls, même si on ouvrait les cadeaux en septembre.
CC L. : Quel est ton plus beau souvenir avec la Marine ?
CF (R) P. : Mon plus beau souvenir c’est ta présentation au drapeau à l’École navale. Je me rappelle encore du jour où je t’ai annoncé que tu étais prise à la Baille. Déjà lorsque tes frères et toi avez décidé de rejoindre le Lycée naval, de votre propre chef, j’étais très fier. Qu’aujourd’hui mon petit-fils me dise qu’il veut être marin comme toi et moi, c’est inespéré. La Marine c’est tout ce que j’ai toujours connu. Je suis très content de ce que j’ai vu et fait, mais je suis d’autant plus heureux que tu poursuives ta carrière, notamment avec ton envie de réembarquer.
CC L. : Tu as été mon modèle, le marin parfait. Et tu es une référence pour beaucoup d’autres marins. Si tu devais leur partager une leçon apprise avec la Marine, laquelle ce serait ?
CF (R) P. : Commander avec ses pieds, c’est d’autant plus vrai de nos jours. Il faut se lever de son bureau et marcher, aller sonder ses marins. Je le dis dans mes audits, occupez-vous de vos enseignes ! Ils ont soif d’apprendre et de comprendre, surtout au niveau technique. Les engagés cherchent des repères et la Marine les cadre comme elle m’a porté. Venez trouver des règles. Comme m’avait dit un amiral lors de mon cours d’officier spécialisé de la Marine « dans la vie, tout est question de limite », il faut enseigner celles à ne pas franchir. J’ai encadré des quartiers-maîtres indécis qui sont devenus de très bons majors ou officiers spécialisés. Et ils ont tous une anecdote à venir te raconter sur notre temps passé ensemble. Ce qui est drôle c’est que l’inverse se produit désormais, les marins qui te connaissent, viennent à ma rencontre avec des histoires. La relève est assurée.
CC L. : Qu’est-ce que tu comptes faire après ?
CF (R) P. : Je finis mon contrat en 2027 et je pense arrêter, ou du moins diminuer mon temps de réserve. Ça fait huit ans que je travaille pour la division exploitation de la Force d’action navale, j’ai audité plusieurs fois les mêmes bateaux ! Même si la Marine me permet de garder un lien avec les avancées technologiques, je me sens parfois dépassé, l’arrivée de l’IA et de la data ne va pas arranger ma situation. Il est temps de chercher une autre occupation et de laisser la place aux jeunes. Les choses changent et c’est tant mieux !

Bio express
1976-1977 : Matelot à l’École des apprentis mécaniciens de la Flotte avant de rejoindre Maistrance Machine
1985-1989 : Chef d’équipe à bord des porte-avions Foch et Clémenceau et des aviso-escorteurs Victor Schoelcher et Commandant Bory
1991-1999 : Nommé trois fois COMANAV du P400 La Glorieuse, du chasseur de mines Cybèle et du bâtiment de transport léger La Grandière
1992 : Nommé major, plus jeune major de la Marine à l’époque
2000-2003 : Promu officier et COMANAV du bâtiment de soutien mobile Loire
2006-2008 : Chef du service propulsion du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc
2011-2013 : COMANAV de la frégate de lutte anti-sous-marine Latouche-Tréville
2013-2015 : Chef du service installations aviation du porte-avions Charles de Gaulle