Dans le sillage de... Maryse Burgot, grand reporter
Publié le 22/05/2026
Jeudi 26 mars dans le journal de 20h de France 2, la journaliste Maryse Burgot a embarqué les téléspectateurs sur le porte-avions Charles de Gaulle pour un reportage rare en opération.

Elle y décrypte le rôle du groupe aéronaval déployé en Méditerranée orientale pour cette mission défensive dans le cadre du conflit au Moyen-Orient.
Vous revenez tout juste de Méditerranée orientale où vous avez pu faire un reportage en immersion au sein du groupe aéronaval en mission. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée ?
MARYSE BURGOT : On était quand même en zone de guerre, avec de possibles attaques de missiles et de drones. 1 850 marins sur le porte-avions, tous très concentrés, c’est impressionnant. Même si nous étions assez loin des côtes iraniennes, le danger était présent. Cette mission est assez subtile puisqu’elle consiste à être en position seulement défensive, à ne pas être dans l’offensive, c’est tout le message du président de la République Emmanuel Macron. Cela consiste à créer une sorte de bulle aérienne de sécurité, au-delà du porte-avions, pour protéger nos alliés européens, comme Chypre par exemple.
Vous débutez votre reportage par une séquence avec un Rafale Marine qui va aponter et qui a perdu l’usage de l’un de ses moteurs. Comment avez-vous vécu cette situation ?
M. B. : J’ai été frappée par le grand professionnalisme des marins, leur sang-froid. Ça arrive qu’un avion ne revienne qu’avec un seul moteur, et il y a des procédures. Il faut que tous les pompiers soient prêts à intervenir parce que l’appontage peut être dur. Tout le monde est à son poste, sait exactement ce qu’il doit faire, y compris le pilote. Mais personne n’est paniqué, sûrement grâce à préparation opérationnelle. C’est très militaire ça !
Vous êtes l’auteure en 2024 du livre Loin de chez moi, Grand reporter et fille de paysans. Pourquoi avoir écrit ce livre ?
M. B. : J’ai beaucoup hésité, et puis un été je me suis dit pourquoi pas ? Écrire ce livre a été un magnifique voyage au cœur de mon parcours. Revisiter et partager toutes ces années de reportage, tous les pays traversés, les femmes et les hommes rencontrés, dans des situations compliquées parfois. J’aime écrire. D’ailleurs, on ne le dit pas souvent mais l’écriture est très importante à la télé !
Bien sûr je suis engagée dans mon métier, mais bien plus modestement que des militaires !
Quel est votre plus beau souvenir en reportage ?
M. B. : Je crois qu’on est souvent marqué par les choses qui nous sont arrivées récemment. Je viens de faire un reportage en Haïti, j’ai rencontré un jeune garçon lors du tremblement de terre en 2010, abandonné par ses parents. Son orphelinat avait été détruit. Gravement blessé il s’en est sorti, et puis il a été adopté par une famille française et je l’ai retrouvé. Malgré cette enfance terrible, aujourd’hui c’est un garçon solaire. J’étais heureuse de le retrouver. C’est certainement ce que j’ai fait de plus fort cette année.
On comprend que les rencontres sont importantes et même peut-être la clé de ce métier, c’est notamment ce qui vous stimule ?
M. B. : Oui, je suis portée par l’envie de faire des rencontres et de voir des mondes nouveaux. Notre monde est parfois au coin de la rue, et il peut être à l’autre bout de la Terre. Il y a peu de métiers comme ça, et j’estime avoir beaucoup de chance. Je raconte les choses telles que je les vois, avec le plus de déontologie possible. Notre rôle est de raconter les faits pour laisser aux téléspectateurs le soin de se forger leur propre opinion. Et puis c’est un privilège de travailler dans une rédaction comme celle de France Télévisions qui permet encore de faire de grands reportages à travers le monde.
Ce que j’aime montrer aussi c’est l’engagement en général. Bien sûr je suis impliquée dans mon métier, mais bien plus modestement que des militaires par exemple, qui se sont engagés dans le sens moral du terme, pour servir la France, les Français, pour les protéger. Ce ne sont pas de vains mots, c’est une réalité.
Après cet embarquement en Méditerranée orientale, où va-t-on vous retrouver ?
M. B. : Il y a tant de choses à raconter, et puis tout m’intéresse ! Pourquoi pas être embarquée en opération avec des marins qui luttent contre la piraterie, je trouverais ça formidable. Je me sens engagée aussi vis-à-vis de l’Ukraine, où j’ai pu faire des reportages dès 2022, et je veux continuer à y aller. Je souhaite aller sur les terrains difficiles parce que c’est important de rapporter les faits, surtout en ce moment. Il faut une presse libre, qui peut aller partout. Une presse libre permet de faire fonctionner une démocratie.
Bio express
1964 : Naissance à Combourg (Ille-et-Vilaine)
1989 : Diplômée du Centre universitaire d'enseignement du journalisme de Strasbourg
1990 : Reporter pour RTL Télévision, FR3, puis pour Antenne 2
1999 : Prix Bayeux des correspondants de guerre avec Gilles Jacquier
9 juillet - 27 août 2000 : Otage à Jolo aux Philippines
2010 à 2019 : Correspondante permanente à Londres puis Washington pour France 2
2022 : Envoyée spéciale dans le Donbass au début de l'invasion de l'Ukraine
2026 : Envoyée spéciale sur le porte-avions, en mission en Méditerranée orientale
