Cyclone : le Cotentin veille au grain

Publié le 01/09/2025

Auteur : ASP Clémence de Carné

Assauts maritimes, attaques de drones, actes terroristes, cyberattaques, chantages et sabotages ont rythmé le quotidien de la garnison de Cherbourg du 10 au 16 mai. Le capitaine de corvette (CC) Clément, directeur exercice et animation, raconte à Cols bleus les coulisses de Cyclone, le volet normand de la première phase de Polaris, qui a mobilisé près de 1 200 personnes.

Quels sites militaires étaient concernés par Cyclone ?

CC Clément : La zone à défendre s’étendait sur 70 km de long et 20 km de profondeur avec comme centre névralgique la base navale. D’autres emprises militaires étaient concernées comme le site de Querqueville, trois sémaphores répartis de Saint-Vaast-la-Hougue à La Hague, deux sites de communications, un dépôt de munitions et l'aéroport de Maupertus.

Pourquoi était-il important de mener cet exercice en interarmées ?

CC C. : L’objectif était d'assurer la défense des sites militaires dans la zone identifiée. Si on prend un peu de hauteur, la pointe du Cotentin comprend des sites plus stratégiques que la base navale. Le site de traitement des déchets nucléaires d'Orano et le site de Naval Group, où sont construits nos sous-marins nucléaires en font partie.
Le jour où nos sites seront menacés, nous aurons besoin d'en renforcer la surveillance, avec des moyens terrestres et aériens pour en assurer leur défense. Cyclone 25 a été une réelle opportunité de mettre en place une organisation interarmées efficace sous la coordination du commandant de l'arrondissement maritime de la Manche et de la mer du Nord (COMNORD).

Que retenez-vous?

CC C. : La défense de nos sites sensibles et assurée de manière efficace. L'organisation en place permet de repérer et de stopper efficacement les mouvements ennemis. La prise en compte des nouvelles menaces (sabotages, cyberattaques, chantage) est bien appréhendée.

Bourrasque : la défense du Finistère, contre vents et marées

 

Du 18 au 23 mai, des dizaines d’attaques hybrides ont été menées contre des emprises militaires de la pointe bretonne, lors de l'exercice Bourrasque, volet breton de la première phase de Polaris. De l’acte contestataire à la menace terroriste, la force rouge a mis en œuvre une palette d’actions alliant les champs physiques (maritime, terrestre, aérien) et les espaces communs (cyberespace, espace informationnel…). Le vice-amiral d’escadre (VAE) Jean-François Quérat, commandant en chef pour l’Atlantique (CECLANT) est revenu pour Cols bleus sur cet entraînement d’ampleur inédite.

 

Quels étaient les moyens engagés durant Bourrasque ?

VAE Jean-François Quérat : Face à nous, agissaient plusieurs unités des forces spéciales françaises s’appuyant sur quelques bâtiments de surface et surtout de nombreux moyens spécifiques, renforcées par quelques dizaines de partisans pour conduire des actions non-conventionnelles. De notre côté, nous mobilisons l’ensemble du personnel civil et militaire des entités présentes autour de la rade de Brest, en y associant certaines entreprises de la base industrielle et technologique de défense, de la chaîne sémaphorique, de la flottille de réserve côtière, quelques renforts de l'armée de Terre, et enfin des forces de la gendarmerie départementale.

Quelle place a été dévolue à l’innovation ?

VAE J-F. Q. : De nouveaux équipements et de nouvelles tactiques avaient été testés lors d’exercices ou d’entraînements. Un effort particulier a été fait pendant Bourrasque sur la lutte anti-drones afin de prendre en compte le caractère particulier d’une base imbriquée dans un tissu urbain déjà très dense. L’esprit d’innovation a aussi irrigué l’approche conceptuelle de la défense en vue de penser des structures et des processus nouveaux. Nous sommes allés jusqu’à associer les populations à une défense globale de nos installations.

Huit mois seulement après sa création, comment la flottille de réserve côtière a-t-elle été intégrée à l’exercice ?

VAE J-F. Q. : La flottille s’est inscrite au sein d’un dispositif de contrôle des approches immédiates de la rade, jusque dans l’avant-goulet, en complément des capacités des fusiliers marins et de la gendarmerie maritime. Puis, la flottille a établi un contact avec les forces de sécurité intérieure ainsi qu’avec la population pour détecter des mouvements inhabituels sur le périmètre terrestre de la défense du Finistère.

Quels enseignements en avez-vous tirés ?

VAE J-F. Q. : Le premier point positif est l’excellente mobilisation de tous les acteurs impliqués dans l’exercice avec un état d’esprit et une combativité remarquables. Nous avons joué un large spectre de scenarios qui ont bien éprouvé nos organisations. La coordination avec le monde civil a été très fluide.