Conservatoire des uniformes de la Marine de Toulon : une mémoire cousue de fil bleu

Publié le 05/02/2026

Auteur : ASP Clara Molinas

Inauguré le 14 septembre 1996 par le préfet maritime de la Méditerranée, le conservatoire des uniformes de la Marine (CUM) est installé au sein de la base navale de Toulon.

Véritables garants de l’histoire des tenues, Marc Bellezit et Michel Marty traduisent, à travers chaque textile ou objet, un peu d’histoire de la Marine et de celle de la France. Une exposition spéciale 400 ans rend honneur aux marins et à leur engagement, à la mer et au combat, fin mars, au conservatoire.

En passant la porte, la fraîcheur sous les voûtes tricentenaires de l’ancienne Corderie royale contraste avec la chaleur toulonnaise. À moins d’une minute de l’entrée de la base navale, le conservatoire se tient au bout d’une avenue, discret. Impossible de deviner que ce lieu historique renferme 240 années de mémoire et d’histoire de vies quotidiennes de marin. Ce sont plus de 1 000 m² qui accueillent 15 000 pièces, dont 120 mannequins et quelques centaines d’objets exposés dans deux salles. Un patrimoine inestimable mais nécessitant une attention permanente, à la fois pour enrichir la collection, mais aussi pour conserver des textiles difficiles à préserver.

Un lieu de mémoire

L’idée, mais surtout le besoin, d’un lieu dédié à la sauvegarde du patrimoine lié au quotidien des marins, germe en 1992. Lorsqu’il a fallu louer des uniformes de cinéma pour une exposition brestoise cette année-là, la Marine a pris conscience de sa méconnaissance en matière d’histoire des uniformes et a conféré une triple mission au CUM. Tout d’abord, un objectif patrimonial pour éviter la dispersion et l’oubli du matériel caractéristique de la vie maritime et de l’équipement du marin. Puis, un volet technique, pour constituer, au profit du service du commissariat des Armées, un dépôt de modèles facilitant l’identification du matériel et le suivi de son évolution. Enfin, une vocation didactique, pour disposer d’un fond et d’une documentation permettant de montrer comment s’équipait et vivait le personnel de la Marine. Aujourd’hui, le rôle des gardiens du CUM a bien évolué. En plus de leur fonction, ils doivent également être guides lors des visites organisées pour les préparations militaires, les associations d’anciens combattants, les associations culturelles, les Classes Défense, les lycées, les collèges et même le grand public à l’occasion des journées européennes du patrimoine. Véritables archéologues de l’uniformologie, ils effectuent un immense travail de généalogie et de recherche dans le but de retrouver à qui appartenait la tenue préservée, et dans un second temps de contacter leurs descendants. Ce sont désormais plus de 450 noms qui figurent au registre du CUM, et autant de récits d’aventures maritimes.

 

Un uniforme c'est vivant, ça parle et il faut savoir l'écouter

 

La tenue comme témoin historique

« Un uniforme c’est vivant, il parle et il faut savoir l’écouter », conseille Michel à notre entrée dans la salle commissaire général Moreau. En effet, pour les connaisseurs, chaque évolution de tenue est le marqueur d’une époque, d’un événement historique ou d’une grande découverte. Si les pattes d’épaules des officiers de la Marine perdent leur velours et leur couleur unie dans les années 70, c’est par souci d’économie et en conséquence des deux chocs pétroliers. Le premier modèle de veston de tenue 22 date de 1872 et a traversé les âges en renouvelant son usage, au départ imaginé comme tenue de travail à bord. De plus, les colorants industriels n’arrivant qu’à partir de 1931, la couleur des textiles dépend de l’abondance, ou non, d’indigotiers et de garanciers. Le bleu horizon adopté lors de la Première Guerre mondiale s’avérera être le parfait camouflage sur le front de l’Est. Enfin, les tenues influencent le monde civil. Le tricot rayé est devenu un symbole avec la « marinière » de Jean-Paul Gaultier, au même titre que le détendeur des plongeurs a été inventé par l’équipe des Mousquemers de Philippe Taillez.

à chaque époque, la Marine s’adapte, ses priorités changent et les uniformes aussi. à l’origine, chaque pays a souhaité distinguer son armée de ses ennemis et les militaires des civils. Dorénavant, le vêtement a aussi pour fonction d’assurer la sécurité de son porteur. « Lorsqu’une nouvelle arme apparaît, il faut créer la tenue pour s’en protéger » annonce Marc, en s’engageant dans la salle dédiée aux effets techniques. Peut-être qu’un jour les marins porteront des brouilleurs anti-drone, mais pour le moment c’est la vie humaine qui est au cœur de l’uniforme de Marine. Une tenue du poste de combat a remplacé le bleu de travail floqué d’un « S » rouge ; c’est la TPB et ses bandes réfléchissantes, repérables de nuit et dans les fumées pour faciliter l’extraction des blessés. Des changements également dans le matériel, ajoutant au radeau de sauvetage des brassières individuelles : « Même si notre camarade est inconscient, il sera sauf et on pourra aller le récupérer » explique Marc, ancien maître principal.

Bien au-delà de leur valeur marchande ou de leur intérêt décoratif, les biens préservés au CUM constituent l’héritage de la mémoire maritime. Gardien des traditions et du passé, le conservatoire, bien ancré dans le présent, fait rayonner la Marine et inspirera les futures générations de marins.

 

Pour découvrir les mystères des tenues d’hier et d’aujourd’hui et pour plus de détails sur l’exposition 400 ans : cliquez ici.