Comment j’ai gagné la bataille de Chesapeake… sur un tapis de jeu
Publié le 04/09/2026
Le 5 septembre commémore la bataille de Chesapeake. Considérée comme la « grande fête de la Marine », cette victoire stratégique d’hier prépare les marins d’aujourd’hui grâce au wargame.

« Chesapeake, c’est un match nul tactique ! », assène, sûr de lui, le commandant (CDT) Antoine du bureau Jeu de guerre du Commandement du combat futur (CCF). À l’aube des célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, ce terrien anime un wargame (jeu de guerre) sur la bataille qui a changé le cours de la guerre entre les insurgés des Treize Colonies, aidés des Français, et le royaume de Grande-Bretagne. Sur le tapis bleu océan installé sur une grande table, se tient une reconstitution de cet affrontement historique. En plein blocage tactique, alors que les navires se canonnent, les deux camps avancent leurs pions jusqu’au point de non-retour. Chacun doit prendre en compte les pertes. À quel moment prendre la décision de stopper l’hémorragie ? Et comment la transmettre à l’entièreté de la flotte alors que les boulets trouent les coques ? Le CDT raconte : « De Grasse a empêché l'évacuation des soldats britanniques assiégés dans Yorktown et ça, ce fut une victoire stratégique écrasante pour les Français et les Américains ! ». Aujourd’hui, les marins d’active sont bien loin des navires à voiles, avec leurs 74 canons et leurs pavillons pour communiquer. « Beaucoup de choses ont changé depuis deux siècles et demi, mais ce sont toujours des hommes qui sont à bord », relate le CDT. Au lieu de tirer les leçons des livres, ils peuvent désormais être acteurs du passé.
« Offrir une expérience de commandement »
Les modèles réduits de lignes de navires disposés sur la nappe bleue sont un hommage à John Clerk, père du wargame naval. « Il n’était pas marin et n’avait jamais vu la mer, mais il lisait les récits de batailles et les rejouait avec des petits bateaux en bois pour les comprendre. » Nul besoin donc d’être de la Marine pour prendre place autour de la table de jeu.
Après avoir déterminé une stratégie lors de la phase de préparation, les participants attaquent et se défendent selon les valeurs associées à chacun de leur navire. À chaque action, les dés sont lancés, déterminant la réussite de l’opération. « Le hasard est là pour simuler tout ce qui n’est pas dans notre main », explique le CDT Antoine. Les dés ramenant de l’incertitude, il faut faire face à l’impondérable et prendre des décisions, comme en situation réelle.
« L’amiral ne sait pas que la ligne basse de tel bateau est endommagée, il sait simplement qu’il est moins performant. Dans une partie, si chaque troupe a une dizaine de caractéristiques c’est trop compliqué et on perd le côté ludique. La bataille doit durer moins longtemps qu’elle n’a duré en vrai », dit le maître du jeu.

La préparation mentale
Le hasard, mené par les dés, et les profils éclectiques des participants rendent chaque partie unique. Cependant, la conclusion reste la même : « Le but est de faire comprendre que si tout peut arriver au combat, ce qui fera la différence, c’est la préparation mentale ». Le savoir-faire du marin se mélange à la candeur du novice en wargame, et fait émerger de nouvelles problématiques : comment rendre compte de la situation à mes chefs, comment expliquer les ordres aux subordonnés, comment anticiper les intentions de l’ennemi… « Avoir une modélisation permet de conscientiser ses actions et de développer son esprit critique. » Peu importe la situation auxquelles les marins seront confrontés demain, ils l’auront envisagé sur une table de jeu. « On ne lit pas l’avenir avec le wargame, mais on peut s’y préparer », conclut le CDT Antoine.