CEPA/10S : l'innovation, clé de voute de la force aéronautique navale
Publié le 18/12/2025
Basé à Hyères, le centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale (CEPA/10S) est la figure de proue de l’innovation au sein d’ALAVIA.

Fort de 180 militaires et 50 civils, il « étudie, évalue et valide les améliorations apportées aux matériels en service dans l’aéronautique navale ».
Le CEPA/10S agit pour « l’ensemble des aéronefs de l’aéronautique navale, leurs systèmes d’armes, leurs équipements de bord et de sécurité, les matériels de soutien ainsi que la primo formation du personnel navigant et technique », résume l’enseigne de vaisseau (EV1) Victor, responsable d’expérimentation depuis deux ans. Il traite également des installations aviation du porte-avions Charles de Gaulle et des bâtiments porteurs d’hélicoptères (porte- hélicoptères amphibie, frégates multi- missions, frégates de défense aérienne, etc.).
Un champ d’action particulièrement large qui fonctionne grâce « aux détachements du CEPA/10S qui sont au plus près des unités et donc des problématiques », détaille l’EV1 Victor. Le détachement dédié aux hélicoptères Caïman est ainsi aux côtés des flottilles équipées de ces aéronefs : 31F et 33F. Le maître principal (MP) Valentin a travaillé plus de onze ans au sein de la Flottille 31F. Aujourd’hui, il met cette expérience à contribution au sein du détachement Caïman du CEPA/10S. Entouré de sept autres marins spécialistes de cet hélicoptère, il est « l’intermédiaire entre les flottilles et les états-majors », que ce soit celui de sa force, de la Marine ou de la DGA. Son parcours lui permet en effet de « faire correspondre les besoins des flottilles avec les contraintes liées aux programmes d’armement ».
S'il connaît bien le Caïman, le marin formé au centre d’entraînement et de formation de l’aéronautique navale (CEFAé – anciennement École du personnel volant) de Lann-Bihoué en 2011 était loin de se douter de « toutes les contraintes qui s’imposent aux états-majors pour prendre les décisions relatives à nos aéronefs ». « Arriver au CEPA/10S permet de prendre du recul sur bon nombre de sujets et de monter en compétences. »

Améliorer les Caïman de demain
Opérateur sur le Caïman hier, le MP contribue désormais aux évolutions à lui apporter demain. « Mes sujets du moment sont ceux du transfert de matériel grâce au Caïman et de la connectivité de nos aéronefs entre eux et avec les navires ou les troupes à terre », relate Valentin. Concernant l'aspect logistique, il est donc en permanence « au contact des flottilles pour garder un lien avec le monde opérationnel ». Dans quel but ? Pouvoir utiliser le Caïman Marine afin de « réaliser des chargements sur les bateaux sans qu’ils soient à quai, en apportant le matériel en mer, parfois imposant », conclut-il. Sur le sujet de la connectivité, l'EV1 Victor appuie : « Si aujourd’hui la plupart de nos pilotes échangent uniquement par « voice », c’est-à-dire grâce à des moyens de radiocommunications durant leurs vols, notre objectif est de leur permettre de pouvoir le faire en envoyant des messages, des vidéos en direct, de partager leur situation tactique ou encore d’envoyer des photos ». Ce « WhatsApp opérationnel devra permettre d’échanger avec nos bateaux mais aussi avec des troupes à terre par exemple ». Le sujet est donc transverse interorganique et interarmées : le CEPA/10S est en lien avec tout le monde, du centre d’expertise des programmes navals (CEPN), à la direction générale de l’armement (DGA) en passant par la Force maritime des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO). Là encore, le projet nécessite « un lien permanent avec les acteurs sur le terrain » qui ont par exemple démontrés que durant un vol en hélicoptère, un ordinateur pouvait parfois être plus pratique et ergonomique qu’une tablette. « Effectivement, assure-t-il, les gants de pilotes, la taille réduite, l’autonomie de la tablette et les vibrations d’un vol ne permettent pas d’utiliser un écran tactile aussi facilement qu’on le souhaiterait ». Aussi, pour que les projets collent parfaitement aux besoins de la Marine, le CEPA/10S s’appuie sur quatre centres d’expertise (CENTEX), chacun spécialiste d’une des composantes de l’aéronautique navale : la logistique, les hélicoptères, le groupe aérien embarqué et la patrouille maritime. En complément, le CEPA/10S dispose d’un FabLab, appelé « l’AéroLab », armé de jeunes marins ingénieurs qui planchent aussi sur des projets innovants pour l’aéronautique navale.

Le S100 déjà au cœur du combat
Deux caméras puissantes et un récepteur AIS (système d’identification automatique des bateaux) : les drones S100, premiers drones de cette catégorie en service dans la Marine, se révèlent particulièrement performants malgré leur taille. Testés depuis plusieurs années (voir l’interview de l’amiral commandant la Force d’aéronautique navale), ces drones ressemblant à des mini-hélicoptères, ont été mis en service opérationnel en août 2025. Un mois plus tard à peine, l’un des six drones participait déjà à la saisie de neuf tonnes de drogue au large de l’Afrique. Le chef de détachement, le lieutenant de vaisseau Alrik, raconte : « Le S100 a permis d’acquérir en discrétion les premiers éléments visuels permettant de lancer l’opération puis la couverture de l’opération d’interception ». Cette opération a été menée depuis un porte-hélicoptères amphibie, seul navire embarquant des drones S100 pour le moment, deux par PHA. Pour lui, « le S100 permet une surveillance maritime, reconnaissance et classification, complémentaire des aéronefs habités avec lesquels des manœuvres conjointes sont aussi réalisables ». Le tout « à moindre coût et avec une autonomie conséquente de plus de cinq heures en vol ».