Cancer du sein : deux marins en rémission témoignent

Publié le 24/10/2025

Auteur : EV2 Nina Moreau

Le but d’Octobre rose est de sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein, première cause de décès par cancer chez la femme (1 sur 8). La Marine soutient ses marins dans leur combat.

Portrait de deux marins en rémission du cancer du sein
Le MP Rosy Boniface et le PM Mélanie Mangin

Bonne nouvelle ! Avec un dépistage précoce et régulier tous les deux ans, à partir de 50 ans, le cancer du sein est guéri dans plus de 90 % des cas, s’il est pris à temps. Au sein de la Marine nationale, les femmes n’échappent malheureusement pas à cette fatalité. À côté de ces chiffres, comment sont vécus l’annonce de la maladie, le traitement (chimiothérapie, immunothérapie, radiothérapie, …) puis la période de convalescence ? Est-il possible de retrouver sa place au sein de la Marine après s'être soigné ? Deux marins en rémission, le maître principal Rosy Boniface et le premier maître Mélanie Mangin, témoignent de leur expérience de la maladie et du rôle de la CABAM et de l'Entraide Marine-ADOSM dans leur parcours santé, avant, pendant et après.

Le maître principal Rosy Boniface

Cols bleus : Pouvez-vous vous présenter ?

MP Rosy Boniface : Professionnellement, je me suis engagée dans la Marine nationale à l’an 2000 en tant qu’électromécanicien de sécurité, une spécialité aujourd’hui appelée SECNAV. Tout au long de ma carrière, j’ai connu plusieurs affectations, principalement à terre, avec quelques expériences embarquées. J’ai également été très investie dans la formation. C’est ainsi que, depuis 2018, j’exerce en tant que conseillère pédagogique. De manière plus privée, je suis pacsée avec le père de notre fils Matheïs, né en 2005. Tous deux ont été un soutien indéfectible durant l’épreuve que j’ai traversée.

Quand et comment avez-vous appris que vous étiez atteinte d’un cancer du sein ?

MP R.B : Mon cancer du sein a été détecté de manière totalement fortuite, lors d’une simple mammographie de contrôle. Je n’avais aucun symptôme, aucune douleur. J’avais alors 42 ans. S’en sont suivis plusieurs examens médicaux, et le 12 janvier 2022, le diagnostic est tombé : cancer du sein, sans antécédent familial connu.

Je n’ai pas eu d’autre choix que de passer en mode guerrière.

 

Deux interventions chirurgicales ont été nécessaires pour retirer la tumeur. J’ai ensuite appris que je devrais suivre une chimiothérapie, avec perte de cheveux, puis une mastectomie. Ce fut le début d’un parcours long et éprouvant : six mois de chimiothérapie, un an d’immunothérapie, et aujourd’hui encore, dix années d’hormonothérapie, accompagnées de nombreux effets secondaires. J’ai bénéficié d’une reconstruction mammaire, réalisée en cinq opérations étalées sur un an et demi. Dès que le pronostic a été annoncé, je n’ai pas eu d’autre choix que de passer en "mode guerrière".

En avez-vous immédiatement parlé autour de vous ? Vous êtes-vous senti libre d’en parler au travail ?

MP R.B : Je n’ai jamais eu de difficulté à parler de ma maladie. Dès que j’ai eu connaissance du diagnostic, j’en ai informé ma hiérarchie, qui s’est montrée extrêmement bienveillante. Tout au long de mon traitement, j’ai reçu des marques d’attention régulières. J’aborde librement mon expérience, car je suis convaincue que témoigner peut aider d’autres personnes ; ce n’est pas un sujet tabou. Ma famille et mes amis m’ont entourée avec beaucoup de présence et de chaleur tout au long du parcours.

Comment s'est manifesté le soutien de la Marine nationale ?

MP R.B : La Marine a également fait preuve d’un grand soutien. Dès le début de mon congé de longue durée, la CABAM a été très présente, en particulier ma tutrice, Déborah Perraux, qui m’a accompagnée par des appels réguliers. En septembre 2023, j’ai participé à un stage de reconstruction par le sport, qui a été une véritable révélation : j’ai compris que j’étais encore capable de beaucoup.

Tout a été mis en œuvre pour m’aider à retrouver une vie active et équilibrée.

 

De quels services précisément avez-vous bénéficié de la part de la Marine ?

MP R.B : J’ai été en arrêt maladie pendant deux ans, tout étant soutenue par la CABAM. Pour ma reprise, le pôle écoles Méditerranée de Saint-Mandrier, ma hiérarchie et le service médical ont mis en place un mi-temps thérapeutique, qui a duré 18 mois. J’ai ainsi pu reprendre mon travail en février 2024.

Aujourd’hui, où en êtes-vous ?

MP R.B : Depuis septembre 2025, j’occupe à nouveau un poste à 100 %, avec la possibilité de télétravailler une journée par semaine. Tout a été mis en œuvre pour m’aider à retrouver une vie active et équilibrée. Pendant la maladie, je n’ai pas ressenti le besoin d’un accompagnement psychologique. En revanche, depuis six mois, j’ai entamé un suivi avec une psychologue militaire, dans une démarche de reconstruction personnelle et d'avancement.

Portrait du MP Rosy Boniface lors d'octobre Rose 2022
Le maître principal Rosy Boniface

 

Le premier-maître Mélanie Mangin

Cols bleus : Pouvez-vous vous présenter ?

PM Mélanie Mangin : Je suis un marin de 35 ans, mariée et maman de 2 garçons. Je me suis engagée dans la Marine nationale en septembre 2008. J'ai eu un parcours très classique, brevet d'aptitude technique puis brevet supérieur et je suis de spécialité PORTEUR. J'ai été affectée sur Landivisiau et un temps sur Lanvéoc. Actuellement, je suis au sein de l'ESCSMN (équipe Suivi de contrat et Maintien de navigabilité) de l'Escadrille 57S, et responsable communication et traditions de l'unité.

Quand et comment avez-vous appris que vous étiez atteinte d'un cancer du sein ?

PM M.M : En septembre 2022, je m'apprêtais à faire ma rentrée après de belles permissions d'été. Après consultation auprès d'un médecin pour de la fatigue importante, on découvre une masse au sein gauche, je suis donc dirigée vers une imagerie. Celle-ci permet de découvrir trois tumeurs, nous sommes le 8 septembre. Dès le lendemain, une biopsie est réalisée. Le 14 septembre 2022, ma médecin traitant m'annonce le diagnostic : cancer du sein agressif et invasif de stade 3. De là, s'enclenche une année de protocole de soin : pose d'une chambre implantable, chimiothérapie, chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie et thérapie ciblée. Il y a également beaucoup de changements entre la perte de cheveux, la faiblesse générale et tous les effets secondaires.

En avez-vous immédiatement parlé autour de vous ? Vous êtes-vous senti libre d’en parler au travail ?

PM M.M : J'en ai parlé immédiatement à mon mari et à mes enfants, notre monde s'est écroulé durant un instant, puis nous avons décidé de nous battre. À la maison, je suis passée de très absente à très présente, un véritable bonheur pour les enfants, mais un équilibre à trouver pour moi. Le 15 septembre 2022, j'ai dû apporter un arrêt de travail de 6 mois, car le protocole de soin a débuté dès le 16 septembre. Au travail, au sein de mon unité, j'ai malheureusement été totalement abandonnée. Ce fut vraiment difficile pour moi. J'ai eu beaucoup de mal à accepter d'être "oubliée" par celles et ceux avec qui je pensais former un équipage. Certes, en Flottille opérationnelle, nous n'avons pas le temps pour les états d'âme, mais cela m'a vraiment peinée.

Elle est arrivée au moment où je sombrais le plus.

 

Comment s'est manifesté le soutien de la Marine nationale ?

PM M.M : Avant, lors de l'annonce, je n'ai pas été soutenue. Pendant, lorsque j'ai été placée en CLDM (congés longue durée pour maladie), j'ai été écoutée et soutenue par la CABAM de Brest. Mme Christelle Jambou, a été une véritable bouffée d'oxygène. Elle est arrivée au moment où je sombrais le plus. Grâce à elle, j'ai repris confiance en l'institution et surtout je me suis sentie écoutée et entendue. La CABAM m'a également invitée au stage "Esprit Mer" en septembre 2024, un magnifique moment d'échange, de partage et de bonheur. Ce stage m'a beaucoup apporté sur le plan physique et psychologique pour la remise en confiance envers l'institution et envers moi-même.

De quels services précisément avez-vous bénéficié de la part de la Marine ?

PM M.M : Dans un premier temps, j'ai été en arrêt maladie 180 jours, soit environ 6 mois, puis j'ai été placée en CLDM 6 mois. Ayant dû me débrouiller seule durant mes 6 premiers mois d'arrêt, j'ai été accompagnée par la cellule d'accompagnement du service oncologique dans lequel je suis suivie. C'est durant mon CLDM que la CABAM est arrivée et a pris la relève. Il y a eu l'ADOSM également, grâce à eux, mes enfants ont bénéficié d'activités que je ne pouvais plus leur offrir. 

L'escadrille 57S, plus petite unité de l'Aéronautique navale, est devenue un véritable pilier de ma rémission.

 

Aujourd’hui, avez-vous repris votre activité militaire ? Comment cela s’est-il déroulé ?

PM M.M : J'ai repris mon activité en septembre 2023 grâce à un mi-temps thérapeutique (SUPPA M), à l'accompagnement de l'antenne médicale CMA 16 - AM130 de la BAN Landivisiau et au soutien de l'escadrille 57S, qui a su m'accueillir avec bienveillance. Ce mi-temps thérapeutique a duré 18 mois, et a donc pris fin en mai 2025. A l'issue, j'ai été affectée de façon classique au sein de l'unité pour 3 ans. La reprise du travail après un tel protocole est complexe. Ces traitements induisent beaucoup de fatigue, de troubles cognitifs et de moments de rechutes. La cohésion, l'ambiance et les conditions de travail sont donc primordiales à la réussite de la reprise. L'escadrille 57S, plus petite unité de l'Aéronautique navale, est devenue un véritable pilier de ma rémission. Et je les en remercie infiniment.

Bénéficiez-vous de certains aménagements depuis votre retour ?

PM M.M : Depuis février 2025, étant en rémission, mes contrôles et examens médicaux se sont espacés. Cependant, ceux-ci restent très importants et réguliers. J'ai donc des aménagements me permettant de me rendre à chacun de mes rendez-vous. Malheureusement, il faut attendre 5 ans de rémission avant l'annonce d'une guérison complète, ceci implique donc une inaptitude temporaire sur certains domaines. Mais cela ne m'empêche pas d'assurer pleinement mes fonctions et tâches annexes.

Portrait du premier-maître Mélanie Mangin, Photo lors de la prise de commandement de la 57S par le CDT Walton en juillet 2025
Le premier maître Mélanie Mangin