Bataille de Chesapeake : un anniversaire made in America

Publié le 17/09/2026

Auteur : CF Loic Marrasse et EV1 Anissa Chelbi

Le 5 septembre, sur les berges de la baie de Chesapeake, trois anniversaires ont célébré 245 ans de fraternité navale franco-américaine sous la protection de l’amiral De Grasse.

Aux Français, les insurgés américains reconnaissants ! La marine américaine a le sens de la mémoire : le 5 septembre à Fort Story (état de Virginie), une délégation de l’US Navy était présente pour célébrer, aux côtés de la Marine nationale, la bataille de la Chesapeake. Une victoire navale française décisive dans la guerre d'Indépendance américaine.

La cérémonie est placée sous le signe d'un triple anniversaire : les 400 ans de la Marine nationale, les 250 ans de l'indépendance des États-Unis et les 50 ans de la statue de l'amiral De Grasse qui domine l'entrée de la baie. « Nous avons cette année un alignement des planètes tout à fait unique », résume l'amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation (SACT), qui a pris la parole lors de la commémoration. À Fort Story, en Virginie, plusieurs centaines de personnes se sont effet réunies pour rendre hommage aux marins de 1781 et célébrer une relation navale qui est née dans le combat et se poursuit aujourd'hui au sein de l'Alliance.

Les couleurs de deux nations

Dès 10h40, la musique résonne sur les hauteurs de la base américaine. Après l'invocation, les couleurs françaises et américaines font leur entrée. La Marseillaise retentit, suivie de l'hymne national américain. L'American Creed est récité, puis les membres des Sons of the American Revolution (SAR) prêtent leur serment.

Côté français, la marine est très bien représentée : l'amiral Vandier est venu accompagné de l'attaché naval français à Washington, de tous les officiers, officiers mariniers et marins français affectés dans les Hampton Roads, ainsi que de l'équipage du sous-marin nucléaire d'attaque De Grasse, en escale à Norfolk spécialement pour cet anniversaire.

Le choix du bâtiment n'est pas anodin. Le SNA De Grasse porte le nom même de l'amiral dont la victoire, dans ces eaux, a contribué à faire basculer la guerre d'Indépendance américaine. En 1781 comme en 2026, des marins français naviguent ainsi dans la Chesapeake.

Côté américain, plusieurs hautes autorités militaires sont également présentes, parmi lesquelles l'amiral Karl Thomas, commandant l'U.S. Fleet Forces Command, et le vice-amiral Doug Perry, commandant l'U.S. Second Fleet. La Royal Navy est représentée par le vice-amiral Simon Asquith, chef d'état-major du Commandement allié transformation.

 

 

Une victoire française aux conséquences stratégiques

Dans son discours, l'amiral Vandier est revenu sur la portée de la bataille de la Chesapeake. Moins connue que la bataille de Yorktown, elle en constitue pourtant l'une des conditions essentielles.

À l'été 1781, l'escadre du lieutenant-général des armées navales François Joseph Paul de Grasse quitte les Antilles et met le cap vers les côtes américaines. Son objectif est de soutenir les forces franco-américaines engagées contre les Britanniques. Lorsque l'amiral français arrive dans la Chesapeake, les troupes du général Cornwallis sont retranchées à Yorktown et attendent des renforts britanniques. Le 5 septembre, l'escadre de l'amiral Graves apparaît à l'entrée de la baie. Les Français sont alors en pleine opération de débarquement. Une bataille navale s'engage.

La maîtrise des communications par signaux, l'entraînement des équipages, la qualité des bâtiments et la capacité de l'escadre française à reprendre l'initiative permettent à de Grasse de tenir les Britanniques à distance. La victoire prive Cornwallis de renforts, de ravitaillement et surtout de toute possibilité d'évacuation par mer.

Quelques semaines plus tard, le 19 octobre 1781, Cornwallis capitule à Yorktown.

« Une victoire navale française aux conséquences stratégiques les plus importantes de l'histoire, puisqu'elle permet l'indépendance des États-Unis », rappelle l'amiral Vandier.

Au-delà de son résultat, la bataille illustre également la complexité du combat naval. « Une victoire navale est une combinaison de facteurs, parmi lesquels figurent la météorologie, la technologie, l'entraînement, mais aussi la chance », souligne-t-il, qualifiant Chesapeake de « modèle du genre ».

Des noms gravés dans la pierre

À Fort Story, l'histoire ne se raconte pas seulement. Elle se matérialise. Le temps fort de la cérémonie intervient avec la dédicace de nouvelles stèles commémoratives portant les noms des bâtiments français engagés dans la bataille de 1781. Elles sont inaugurées au pied de la statue de l'amiral de Grasse par les descendants de deux amiraux français de l'époque, Yorick de Guichen et Henri de Bougainville.

Le geste est hautement symbolique. À quelques mètres de la statue de celui qui commandait l'escadre française, les noms des bâtiments et des équipages ayant participé à la campagne sont désormais inscrits dans la pierre.

La cérémonie rend également hommage à ceux qui, depuis 1781, entretiennent cette mémoire commune. Le capitaine de frégate Édouard, commandant du SNA De Grasse, est ainsi fait chevalier de la Légion d'honneur.

La distinction prend une résonance particulière dans ce lieu. Le commandant du sous-marin qui porte le nom de l'amiral De Grasse reçoit la plus haute décoration française dans un cadre où le souvenir de son illustre prédécesseur demeure vivant.

Le temps du recueillement

Après les honneurs et les décorations vient le temps du souvenir. Des gerbes sont déposées en hommage aux combattants de la campagne de 1781. Puis la musique entonne La Sonnerie aux Morts. Les participants se recueillent face à la baie, avant qu'une salve de quinze coups de canon ne soit tirée par la batterie de salut de la Marine américaine en l'honneur du vice-amiral Comte. Puis la cérémonie reprend son cours, avec le départ solennel des représentants des Sons of the American Revolution, tandis que la bénédiction qui vient clore la cérémonie officielle.

De 1781 à aujourd'hui, une même mer 

Il faut regarder autour de soi pour mesurer la portée de cette journée. À quelques kilomètres des eaux où de Grasse affrontait la Royal Navy, Norfolk est aujourd'hui l'un des principaux centres de la puissance navale américaine. La ville accueille notamment le Commandement allié transformation de l'OTAN et le Joint Force Command Norfolk. Français, Américains, Britanniques et militaires des autres nations alliées y travaillent quotidiennement côte à côte.

Le 5 septembre 1781, au large de la baie de Chesapeake, l'escadre française commandée par le lieutenant-général des armées navales François Joseph Paul de Grasse, affrontait la flotte britannique de l'amiral Graves. La victoire française allait contribuer de manière décisive à la chute de Yorktown et, quelques semaines plus tard, à l'indépendance des États-Unis. Deux cent quarante-cinq ans plus tard, les pavillons français et américain flottent de nouveau côte à côte au bord de cette même baie.