Anniversaire : les 60 ans de la caserne des marins-pompiers de Cherbourg

Publié le 14/11/2025

Auteur : LV (R) Grégoire Chaumeil

La compagnie des marins-pompiers veille 24h/24 sur la base navale et le site de Naval Group alors que le nombre d’interventions d’urgence est en nette progression.

Marins pompiers de Cherbourg en rang pendant une cérémonie

Le témoin encore debout d’une époque pas si lointaine est un bâtiment aux lignes rondes que les Cherbourgeois connaissent bien sous le nom de « quartier Chantereyne ». « Pendant la Première Guerre mondiale, c’était un centre pour hydravions, six au total, pour le ministère de la Marine », évoque le maître principal Nicolas, un des plus anciens marins-pompiers de la compagnie. « Ce centre devient officiellement une base d’aéronautique navale (BAN) en 1937. Pendant l’Occupation les unités de la Luftwaffe s’y installent. Mais à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands détruisent systématiquement toutes les infrastructures militaires face à l’avancée alliée ». Ce grand hangar qui abrite la compagnie des marins-pompiers depuis 1965 est le dernier vestige de l’ancienne BAN.

Cherbourg est la plus modeste, en matière d’effectifs, des trois compagnies de marins- pompiers des ports, quelque 74 personnes, mais elle est aussi historiquement la plus ancienne. Créé en 1911 le corps des marins- pompiers est d’ailleurs « l’un des plus vieux métiers de la Marine », aime rappeler le lieutenant de vaisseau (LV) Yannick Descorde, commandant la compagnie. Un rapide tour d’horizon suffit à saisir l’importance de cette caserne située en plein cœur de Cherbourg : à un jet de pierre, les chantiers de Naval Group dont l’activité bat son plein avec la construction des sous- marins nucléaires Barracuda et des futurs SNLE- 3G. La base navale, elle, est contiguë au site industriel, avec ses propres installations navales, exploitées par la Marine nationale et la Direction générale de l’armement. « Notre priorité est la protection des installations de la base navale, commente le LV Descorde. Nous sommes également tenus d’intervenir 24h/24 et sans délai sur le site de Naval Group. Sans oublier les nombreuses interventions en mer sous la responsabilité du préfet maritime dans un espace maritime qui va de la frontière belge à la baie du Mont- Saint- Michel. »

Dans cette zone, la forte densité du trafic maritime – 25 % du trafic maritime mondial transite chaque jour dans le détroit du Pas-de-Calais – demande aux marins du feu une disponibilité et une réactivité sans faille. « Je me souviens, c’était le 26 décembre dernier, se rappelle le maître-principal Nicolas. Nous avons été hélitreuillés sur un vraquier battant pavillon de la République des îles Marshall pour maîtriser un incendie dans ses locaux vie. Les feux de navires comme celui-ci sont l’ADN du marin-pompier. » Les incendies, notamment les feux de navires et de structures, sont la cause de 140 interventions et également en nette progression. Ces statistiques comprennent les alertes que les marins-pompiers effectuent en renfort du Service départemental d’incendie et de secours de la Manche (SDIS 50) dans le Cotentin. En 2024, la compagnie a réalisé 543 missions d’urgence, soit une hausse de 10 % par rapport à l’année précédente.

 

Les feux de navires comme celui-ci sont l'ADN du marin-pompier.

 

Ce jour-là, sur les quais de la base navale, la compagnie s’entraîne dans les entrailles d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) retiré du service. « Dans un espace confiné comme celui-ci, notre premier ennemi c’est l’important volume de fumée qui nous empêche de déterminer l’origine de l’incendie. Nous devons ensuite faire usage de l’eau avec une certaine mesure pour maîtriser le sinistre sans endommager le bateau » explique le LV Yannick Descorde. Les marins-pompiers gardent à l’esprit le violent incendie du SNA Perle le 12 juin 2020. L’alerte avait été donnée le matin mais la difficulté de lutter contre le feu n’avait pas permis de l’éteindre avant la nuit. « C’est un scénario redouté et on s’entraîne toute l’année pour être prêt si nécessaire », rappelle le LV Yannick Descorde aux quatre élèves maistranciers en stage d’acculturation pour plusieurs mois à la caserne. Parmi eux le second maître Kim, 30 ans, est diplômée en marketing international. La jeune femme explique pudiquement avoir voulu « changer de vie ». La radio interrompt l’exercice. « Un ouvrier s’est grièvement blessé au visage en réalisant une soudure », alerte un chef d’agrès. Toutes sirènes hurlantes, deux véhicules quittent la base navale. « L’activité est dense et je ne vois pas d’accalmie à l’avenir conclut le LV Yannick Descorde. L’accroissement des activités industrielles dans les prochaines années et la densification des populations dans l’environnement de la base navale conduiront immanquablement à une augmentation de nos missions ».

Image de marin pompiers de Cherbourg en intervention