Amiral Éric Janicot : 400 ans d'innovation
Publié le 09/02/2026
Inspecteur général des Armées-Marine, l’amiral Éric Janicot est le coordinateur des grands événements autour des 400 ans de la Marine.

Il a reçu Cols bleus pour expliquer comment cette année de célébrations constitue surtout une magnifique opportunité pour montrer aux Français à quoi sert leur Marine.
Amiral, en 1626 le cardinal de Richelieu obtenait du roi Louis XIII, par l’édit de Saint-Germain, une Marine royale unifiée en posant le principe d’une flotte armée par l’autorité royale et d’une force permanente. 400 ans plus tard, que reste-t-il de cet héritage ?
Amiral Éric Janicot : Depuis 400 ans, sa mission est toujours la même : protéger les Français. Célébrer cet anniversaire constitue une magnifique opportunité pour raconter cette histoire et montrer qu’elle continuera à le faire demain. Si la Marine est « vieille » de 400 ans, elle est « riche » de 400 ans d’innovation. C’est une marine tournée vers le futur qui innove en permanence.
Le chef d’état-major de la Marine a souhaité que ces célébrations soient tournées vers les Français…
AL. É. J. : Plusieurs publics sont ciblés. Tout d’abord les marins : il faut leur offrir des raisons d’être fiers d’appartenir à une Marine qui a 400 ans, une Marine qui innove et qui protège les Français. Le deuxième public, ce sont bien évidemment nos concitoyens. À ce titre-là, les 400 ans sont une opportunité pour montrer que la Marine n’est pas que celle des quatre grands ports et de ses outre-mer. C’est aussi une Marine des territoires.
Qu’entendez-vous par « territoires » ?
AL. É. J. : Ce sont les territoires hors façades maritimes qui accueillent des entreprises œuvrant au succès et à la grandeur de la Marine, et dont sont également issus les jeunes gens qui viennent constituer ses équipages. Certains marins ignorent parfois que ces entreprises travaillent à leur profit. Pourtant les domaines sont extrêmement divers : cela va de l’artisanat, comme la confection des pompons dans la région de Tours, jusqu’à la fabrication de centrales nucléaires par des industriels plus connus. C’est bien ce lien-là, entre la Marine et ses territoires (a fortiori son tissu industriel) que le chef d’état-major de la Marine souhaite remettre sur le devant de la scène. Les 400 ans peuvent donc aussi être considérés comme un point de départ pour des collaborations entre la Marine et des industriels, avec une ambition à long terme.
Comment cet anniversaire va-t-il concrètement se traduire ?
AL. É. J. : Nous avons opté pour une multiplication d’événements de toutes tailles. Actuellement, il y en a quasiment 400 dans toute la France. Cela multiplie aussi les chances d’entendre parler de la Marine. Parmi cet éventail, trois grandes dates se détachent. Le 8 mai aura lieu une démonstration de force navale au large de Marseille. Elle permettra de mettre en valeur notre Marine, mais probablement aussi des marines étrangères, voire d’autres moyens maritimes qui ne sont pas des moyens militaires. Il y aura une retransmission télévisée et un village comme lors de l’arrivée de la flamme olympique en mai 2024.
Le deuxième gros événement sera le 14 juillet, durant lequel des blocs plus conséquents de marins défileront avec la Musique de la Flotte et le bagad de Lann-Bihoué. Troisième gros événement : le 5 septembre, pour la commémoration de la bataille de la Chesapeake, avec l’organisation d’un son et lumière visible du public à Paris. Ce jour-là seront conviés plusieurs chefs d’état-major étrangers, des partenaires de la Marine nationale issus du monde de l’industrie et d’ailleurs.
Que se passera-t-il en-dehors de ces grandes dates ?
AL. É. J. : Entre mai et juin, les week-ends seront consacrés aux journées « Jeunesse et Territoires au large ». Une cinquantaine de villes organisent des événements autour d’une cérémonie militaire, de la rencontre entre la Marine et la nation et de la diffusion du prochain film de la Marine. L’avant-première du film, réalisé par l’établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD), aura lieu à l’école militaire pour les auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Outre-mer, les bases navales sont à la manœuvre pour organiser les événements. Différentes expositions photos seront organisées dont une actuellement visible dans les douves des Invalides depuis le 20 janvier. Avec la Poste, un timbre commémoratif et des carnets de timbres « 400 ans » seront édités. Plusieurs centaines de projets de tailles diverses, partout sur le territoire national, sont déjà remontés vers l’équipe de pilotage. Les centres de préparation militaire Marine (PMM) sont très impliqués, les villes marraines également qui accueilleront leurs unités. Au total des événements liés au 400 ans auront lieu dans plus de 90 villes.
Parmi vos partenaires historiques, l’éducation nationale occupe une place particulière, pourquoi ?
AL. É. J. : Co-pilotée avec la Direction générale de l’enseignement scolaire, notre collaboration est très dynamique depuis 2017. Elle concourt au développement de l’enseignement du fait maritime et au rayonnement de la Marine au travers des 190 Classes de Défense Marine et des 300 classes enjeux maritimes. Pour les 400 ans, nous avons rédigé ensemble un projet pédagogique annuel et mis à disposition des ressources pédagogiques pour les enseignants. Nous distribuons entre autres des gazettes, des classes de CM2 jusqu’au lycée. Elles abordent les enjeux maritimes, l’histoire de la Marine et ses missions.
Qui sont vos partenaires ?
AL. É. J. : Nous avons de nombreux partenaires (industrie, associations) qui nous soutiennent financièrement ou par leurs actions, et des acteurs régionaux ou locaux qui nous aident par leur prise en charge directe de certains événements. Pour le financement, nous avons également ouvert sur HelloAsso, un pot commun qui restera accessible toute l’année 2026. Nous avons également mis en place plusieurs systèmes visant à valoriser l’engagement pour les 400 ans, dont par exemple la labellisation accordée à des projets variés, allant d’une exposition à un film, en passant par un livre.
Qu’attendez-vous de cette année 2026 ? Et après ?
AL. É. J. : Nous souhaitons illustrer le fait maritime et faire comprendre l’interdépendance qui existe entre la Marine, la jeunesse et les territoires. Mais nous espérons aussi que les 400 ans seront l’opportunité de prolonger des partenariats au-delà de 2026 et de donner l’envie à des Français de s’engager dans la réserve, à des jeunes de faire leur service national ou de s’engager dans la Marine. Un sondage a été réalisé en 2025 et nous en réaliserons un début 2027 pour mesurer les effets des 400 ans.