Alerte sur notre thermostat
Publié le 15/09/2025
L’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation) est un ensemble de courants complexes. Il transporte les masses d’eaux chaudes – situées entre la surface et 1 000 m de profondeur – de l’équateur vers le Nord de l’océan Atlantique. Cols bleus vous explique les implications sécuritaires qui découleraient de son effondrement.

Souvent perçus comme des phénomènes à évolution lente et prévisible, les changements climatiques laisseraient ainsi aux sociétés humaines le temps de s’adapter progressivement. Cette perception occulte néanmoins les risques sécuritaires que représentent les points de bascule climatique. Une fois dépassés, ces seuils critiques conduisent à un basculement du système climatique global, empêchant tout retour en arrière.
Parmi les points de bascule climatique identifiés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) figurent des changements importants de circulations globales dont le ralentissement, voire l’effondrement, de l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning circulation). Souvent confondu avec le Gulf Stream, il est le principal courant de l’océan Atlantique.
Il est responsable de la circulation océanique à grande échelle des eaux chaudes de l’équateur et de l‘hémisphère Sud vers les latitudes du Grand Nord. Les eaux chaudes, une fois arrivées au pôle Nord, se densifient avant de plonger vers l’équateur. Cet équilibre nous permet notamment de bénéficier d’un climat tempéré en Europe agissant ainsi comme un « thermostat ».
Les conséquences des changements climatiques altèrent le fonctionnement de ce mécanisme reposant sur la circulation thermo-haline, c’est-à-dire sur la température et la salinité. Le réchauffement des eaux ainsi que la fonte des glaciers perturbent le fonctionnement de l’AMOC qui menace de s’effondrer d’ici 2090. Si celui-ci venait à être bouleversé, le climat global serait complètement déréglé, engendrant une baisse drastique des températures, en particulier dans l’hémisphère Nord.
Compte-tenu de sa dimension planétaire, l’AMOC présente de nombreuses interactions avec d’autres points de bascule du système climatique. C’est notamment le cas pour les moussons qui seraient fortement perturbées. Les capacités océaniques d’absorption et de redistribution de chaleur et de CO² seraient fortement altérées, conduisant à une accélération de l’acidification océanique et à une intensification des changements climatiques. Le rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère (2019) affirme qu’un ralentissement de l’AMOC est très probable au cours du 21e siècle, et qu’un effondrement ne peut être exclu. Il est donc nécessaire d’initier une réflexion sur l’imbrication de ce phénomène avec les enjeux de sécurité qu’il constitue.
Les conséquences sécuritaires d’un retournement de l’AMOC
L’environnement dans lequel les armées opèrent risque d’être totalement modifié. À ce titre, l’AMOC a été placé au cœur d’une étude de sécurité américaine dès 2003. La récente convergence des résultats des modèles climatiques autour d’un ralentissement de l’AMOC a relancé la dynamique de recherche. Plusieurs conséquences sécuritaires en cascade sont à prévoir en cas de perturbation ou d’effondrement de l’AMOC. Tout d’abord, le déclenchement d’une nouvelle ère glaciaire dans le Nord de l’Europe. La polarisation des conditions météorologiques estivales (plus chaudes) et hivernales (plus froides) conduirait selon toute vraisemblance à une multiplication et une intensification des phénomènes extrêmes. Ainsi, la production agricole européenne serait fortement affectée avec de fortes incidences sur notre souveraineté et sécurité alimentaire.
Deuxième conséquence : le déplacement et la baisse du stock des ressources halieutiques. Celles- ci se déplaceront vers des eaux plus tempérées (latitudes plus basses), en dehors de la zone économique et exclusive (ZEE) de la France où elle pourraient être victime de pêche illégale et illicite. Troisième conséquence : la perturbation de la navigation et de propagation acoustique. Enfin, le ralentissement ou l’effondrement de l’AMOC accroîtront la stratification océanique, ce qui pourrait fortement altérer les capacités de défense anti-sous-marine. En étudiant les évolutions de la propagation acoustique dans six zones de l’océan Atlantique Nord et de l’Ouest du Pacifique, à partir des projections climatiques du GIEC, nous constatons une augmentation marquée de la perte de transmission acoustique dans l’Atlantique Nord. La région Arctique semble également particulièrement touchée par ce phénomène. En matière de lutte anti-sous-marine, un changement structurel des couches d’eau conduirait à repenser les logiques de conception et d’exploitation des appareils propulsifs dans le but de maintenir l’impératif de discrétion.
Face aux conséquences d’une déstabilisation de l’AMOC, il est primordial de continuer à prendre en compte l’ensemble des effets au sein de documents de prospectives et d’études sécuritaires. Dans cette perspective, le service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) met à jour régulièrement une base de données qui alimente les études prospectives. Ces éléments assurent notre pleine connaissance du milieu maritime, préalable à des actions correctives afin de pouvoir réagir.