45 ans de service : il est le plus ancien marin (et militaire) d’active
Publié le 24/08/2026
Engagé depuis 45 ans dans la Marine, le capitaine de corvette Philippe est le plus ancien marin et militaire d’active. Cols bleus est allé à sa rencontre.

Il faudrait utiliser les cinq premières lignes de cet article rien que pour citer les 17 navires sur lesquels le capitaine de corvette (CC) Philippe a été affecté. À 61 ans, cet officier spécialisé de Marine (OSM) est le plus ancien marin encore d’active, « mais aussi le plus ancien militaire d’active semble-t-il », précise le sourire aux lèvres celui qui cumule plus de 45 ans au sein de « La Royale ».
Neuf ans en mer
Engagé dès 1981, alors qu’il a 16 ans, il intègre l’École des mousses. Après avoir acquis son brevet élémentaire (BE) et son brevet d’aptitude technique (BAT), il est affecté comme matelot électricien sur le bâtiment de transport de chalands de débarquement (TCD) Orage. « J’ai eu une belle première approche de la Marine puisque nous avons navigué jusqu’à la Polynésie et ses superbes atolls », se remémore le cambrésien (59) d’origine.
Durant cette première affectation, le jeune matelot rencontre aussi celle qui deviendra sa femme. « Elle connaissait les contraintes de la vie de marin puisque son père l’était aussi, pour autant comme pour mes enfants, je ne les remercierai jamais assez de m’avoir soutenu, d’avoir eu le courage de supporter cette carrière et ces absences. »
Et pour cause : le capitaine de corvette a passé plus de 36 ans de sa carrière sur des affectations embarquées, d’abord à Brest puis à Toulon sa « ville d’adoption ». « Si j’avais pu faire toute ma carrière embarquée j’aurai dit oui. Mais malheureusement ce n’est pas possible et désormais les médecins n’y sont pas très favorables vu mon âge », sourit-il. Celui qui est désormais le chef du groupe soutien général du service logistique de la Marine à Toulon, il cumule ainsi plus de 3 400 jours de mer, soit plus de neuf ans non-stop sur toutes les mers et tous les océans du monde.
« J’ai majoritairement navigué sur des frégates mais j’ai aussi travaillé à bord du porte-avions Charles de Gaulle ou du bâtiment d’intervention sous-marine (BISM) Isard. » Si les affectations s’enchainent, un souvenir reste : « j’ai toujours été marqué par la cohésion et l’esprit d’équipage qu’on retrouve sur les bateaux, d’autant plus quand nous étions ‘’au combat’’ au large de la Lybie par exemple où la mission était particulièrement sensible, ou même sous le feu au Liban », confie le marin aux 1 900 jours d’opérations extérieures.
Autre souvenir marquant : l’arrivée des ordinateurs sur les bâtiments. « C’est drôle d’y repenser désormais mais j’ai connu les navires sans ordinateur, où on avait une imprimerie à bord ! Pendant la mission Jeanne d’Arc de 1987 j’avais le seul ordinateur de la compagnie alors que c’est désormais la norme d’en avoir des dizaines à bord, la Marine évolue et je suis le premier intéressé par ces navires de nouvelle génération qui intègrent la flotte ! »
Si la Marine a changé durant ces 45 années, le CC Philippe aussi : en plus d’avoir agrémenté sa tenue de 13 décorations et d’avoir été félicité à 14 reprises, « j’ai appris à m’intéresser et à comprendre toutes les cultures rencontrées au fur et à mesure des escales. J’ai appris énormément de choses quand nous nous arrêtions dans les différents pays, il n’y a pas un pays dont on parle à la télévision où je n’ai pas une anecdote à raconter à mon épouse ».
Des souvenirs plein la tête
Et c’est peut-être ça qui lui manquera le plus lorsqu’il quittera l’institution l’an prochain : « je n’aurais plus rien à découvrir mais des souvenir plein la tête », répond-il. « La Marine m’a offert tellement de satisfactions dans la découverte de tous ces pays ou par le biais des opérations… C’est pour ça que je ne compte pas partir précipitamment, j’aimerais intégrer la réserve dans l’optique de transmettre mon expérience aux jeunes marins comme ceux du service national par exemple », espère le doyen des armées françaises.



