400 ans de marine militaire au fil de la toile

Publié le 20/05/2026

Auteur : ASP Clara Molinas

Du 13 mai au 2 août, l’exposition « La Marine et les peintres : quatre siècles d’art et de pouvoir » lie création artistique et histoire maritime en s’appuyant sur plus de 150 œuvres.

Les 150 œuvres ont été sélectionnées par son commissaire Bertrand de Sainte- Marie. Cols bleus vous ouvre les portes du Musée national de la Marine à Paris.

« On ne pouvait conter la Marine sans revenir à ses origines, assure le conservateur en chef du musée, Bertrand de Sainte-Marie. C’est pourquoi j’ai choisi d’ouvrir l’exposition par le portrait de Richelieu ». Peint plus de vingt fois par Philippe de Champaigne, le grand maître, chef et superintendant général de la navigation et du commerce de France, nous servira de guide. De sa main tendue, il indique le chemin à suivre : une haie d’honneur où trônent les portraits des grands amiraux de l’époque de Louis XIII. Témoins de la volonté de l’État de gagner en magnificence, « ces clairs obscurs incarnent une personnalisation du pouvoir ». Imposants, ils sont une transition vers le réalisme des Lumières. Et si Vernet n’apparaît qu’au travers de ses ports en comité d’accueil, son influence et ses disciples débordent sur les deux prochains siècles. La Marine y est dépeinte commerçante, forte de ses villes et de ses équipages. L’État est lui aussi visible dans toute sa puissance, démontrant l’importance de l’art comme outil d’influence, qui sert à « maquiller l’instabilité politique du pays », nous explique le commissaire. Cette pensée nous accompagne jusqu’aux grandes batailles du XIXe, au service elles aussi d’un récit sublimé. Trafalgar, Aboukir, ou encore la prise du Kent par Surcouf : les combats se dessinent devant nos yeux derrière les fumées des canons. À cette époque les peintres, dont le statut est désormais reconnu, deviennent journalistes en contant l’actualité pour construire le récit national. Même les défaites ont leur heure de gloire, car « elles sont les théâtres d’actes de courage et de bravoure inégalés ».

La peinture de genre

Ce sont justement les marins que nous retrouvons au crépuscule du XIXe siècle. Le combat naval devient insaisissable par la disparition des voiles, l’éparpillement des forces et l’avènement des sous-marins. Bertrand de Sainte-Marie, par des artistes tels que Léon Couturier, invite alors à grossir les scènes, à se rapprocher des bâtiments jusqu’à atteindre la passerelle, le bastingage ou le pont, aux côtés des timoniers, matelots et plongeurs du bord. Lorsque nous les quittons, une dernière salle nous attend : celle du XXe et ses guerres mondiales. « Désormais ce sont les marins eux-mêmes qui peignent la mer », avec Eugène-Louis Gillot, créateur du Salon des peintres de la Marine, en tête de file.