1199 marins : le défi humain du France Libre

Publié le 30/07/2026

Auteur : ASP Clara Molinas

1 199 marins. Comment les équipes du programme PA-NG se préparent-elles à leur arrivée ? Réponse avec le capitaine de corvette (CC) Laurianne, chef de la cellule RH à Toulon.

À compter de 2033, la trentaine de membres du premier noyau d’équipage va s’étoffer avec en moyenne 200 marins par an qui rallieront le France Libre jusqu’en 2038. Saint-Nazaire dans un premier temps, puis Toulon dès 2035. Deux équipes ont été créées spécialement face au défit, en renfort de l’équipe programme porte-avions à Paris : une cellule d’expertise « compétences des métiers » à Saint- Nazaire, et la cellule RH à Toulon, menée par la capitaine de corvette (CC) Laurianne.

Quelles sont les ressources mobilisées aujourd’hui, alors que la première tôle du France Libre n’est pas encore découpée ?

CC Laurianne : Avec mon équipe, nous sommes chargés de la manœuvre RH du PA-NG, que ce soit en terme d’organisation ou de gestion. Nous sommes quatre dans la cellule et serons cinq dès septembre 2027 : un adjoint détenteur d’un brevet de haute technicité spécialiste en ingénierie des compétences (BHT INGCOMP), deux gestionnaires des ressources humaines (GESTRH) l’un titulaire du brevet supérieur, l’autre du brevet d’aptitude technique et enfin un réserviste officier, spécialiste du domaine aéronautique et en particulier de l’organisation du porte-avions (PA). À part ce dernier, aucun membre de la cellule n’a embarqué sur PA. Il a fallu imaginer une organisation efficace à bord. Cela s’est réglé rapidement grâce à des embarquements sur le Charles de Gaulle et de nombreuses discussions avec les marins de son équipage, toujours très heureux de partager avec nous leur travail et leurs idées d’optimisation.

Quelles différences entre l’organisation des ressources humaines du PA-NG et celle d’un nouveau bâtiment admis au service actif ?

CC L. : La création de cette cellule dédiée à la manœuvre RH est une véritable nouveauté, tout comme le France Libre dans sa globalité l’est. Le flux de marins nécessaire en 2038 ne pouvait pas résulter des flux d’admission et de retrait au service actif des autres bâtiments comme c’est généralement le cas. Il a donc fallu anticiper les créations de postes, ce qui nous permet de modeler un équipage sur-mesure. C’est le cas depuis 2022, au sein de tous types d’unités de la Marine, des postes ont été créés. Ces marins identifiés « PA-NG » sont pour l’instant mis à disposition des unités mais seront à terme récupérés pour être transférés, à compter de 2033. En parallèle, un parcours professionnel idéal permettant de générer les « 3C » (compétences, connaissances et comportements) a été imaginé pour chaque poste. Nous identifions des marins dont les parcours correspondent. À compter de la rentrée 2026, nous échangerons avec les gestionnaires qui eux, sont en lien avec les marins, afin que la suite de leur carrière colle à ces parcours. Cela leur donnera une très grande visibilité sur leur avenir professionnel et nous assure d’avoir un premier équipage apte à conduire un navire particulièrement innovant.

Avez-vous des difficultés à recruter ?

CC L. : On essaie au maximum de booster le recrutement interne. On fait connaître le projet avec des vidéos sur le sujet, le but étant d’envoyer du monde à Saint-Nazaire. Un groupe de travail est dédié à l’arrivée de ces marins. Le bureau administration et soutiens communs (ASC) de l’état-major de la Marine (EMM) pilote ce groupe. Il se réunit plusieurs fois par an pour suivre le plan d’actions, identifier les potentiels points bloquants et partager les avancées avec les acteurs concernés tels que la direction du personnel de la Marine (DPM), le commandement de la Force d’action navale (ALFAN) ou encore la plate-forme commissariat (PFC) de Brest. Ce sont eux qui ont trouvé rapidement des solutions de logement et de restauration pour les marins du noyau d’équipage en situation de célibat géographique. Pour les familles présentes, la tâche s’est révélée plus compliquée car le marché de l’immobilier est saturé dans la région. La direction des territoires, de l’immobilier et de l’environnement (DTIE) du SGA a conventionné avec un bailleur social local, et peut aujourd’hui proposer aux nouveaux arrivants une offre adaptée à leurs besoins familiaux. D’ici 2035, ce sont entre 400 et 450 marins qui seront à Saint-Nazaire. À cette date, le France Libre existera officiellement et logera à son bord l’équipage.

On doit faire preuve d’adaptabilité avec un projet qui s’étale autant dans le temps…

CC L. : Oui, le plan d’armement que nous montons est remis en cause chaque année en fonction des besoins qui évoluent. Les avancées technologiques, les changements techniques ou encore l’évolution des parcours, diplômes et spécialités sont autant de facteurs qui peuvent changer notre manière d’aborder le projet. La préoccupation majeure d’aujourd’hui est l’intégration de la data, qui pourrait influer sur les compétences attendues des marins. On s’interroge par exemple sur le data hub embarqué : c’est plus cohérent de créer un poste sur un bâtiment possédant cette technologie que sur un autre qui n’en a pas. C’est pour cela que nous travaillons de concert avec la DPM et l’ensemble des autorités gestionnaire d’emploi (AGE) des postes du France Libre afin d’identifier des marins et les accompagner dans leur parcours PA, dès le plan annuel de mutation 2027.

Les RH du PA-NG en chiffres

1 199 postes créés ou transformés

6 postes en gestion en 2025, 19 en 2026 et 32 en 2027

5 groupements au sein de la cellule d’expertise pour le suivi du chantier :

  • Aviation ;
  • Opérations ;
  • Sécurité ;
  • Soutien de l’Homme ;
  • Conduite.